Exactement Kevin. Et c'est pas une opinion, c'est de la science dure.
Toute la psychologie sociale d'après-guerre s'est construite sur UNE question : comment des bons pères de famille allemands sont devenus bourreaux ?
La réponse fait froid dans le dos.
1/ Asch (1951) — Conformité perceptive
Des sujets doivent comparer la longueur de lignes. Réponse évidente. Mais quand 7 complices donnent à voix haute une réponse manifestement fausse, 75% des sujets s'y rallient au moins une fois. Contre l'évidence de leurs propres yeux.
2/ Milgram (1961-63) — Soumission à l'autorité
À Yale, juste après le procès Eichmann. 65% des sujets vont jusqu'à infliger des chocs électriques de 450 volts à un inconnu qui hurle, simplement parce qu'un homme en blouse blanche leur dit « l'expérience exige que vous continuiez ». Reproduit des dizaines de fois, partout dans le monde. Les chiffres bougent à peine.
3/ Zimbardo (1971) — Expérience de Stanford
Des étudiants normaux, tirés au sort comme « gardiens » de prison fictive. En 6 jours, sadisme systémique. L'expérience est arrêtée. Le rôle a mangé l'homme.
4/ Janis (1972) — Groupthink
Théorise comment des groupes intelligents prennent des décisions catastrophiques par recherche du consensus. La Baie des Cochons, le Vietnam, Challenger. Personne ne veut être celui qui brise l'harmonie du groupe.
5/ Arendt (1963) — Banalité du mal
Au procès Eichmann, elle ne voit pas un monstre. Elle voit un bureaucrate médiocre, incapable de penser par lui-même, qui obéit. C'est ÇA le mal moderne : pas la cruauté, l'absence de pensée.
Conclusion : l'être humain par défaut, c'est le conformiste. Le courage moral est statistiquement rare — entre 10% et 35% selon les protocoles.
Afficher des opinions au gré du vent n'est pas une faiblesse de caractère. C'est le mode par défaut de l'espèce.
Le courage, lui, est une anomalie.