Climatiser toute la France au niveau d’un pays comme le Japon arrivera de toute façon au cours des quinze prochaines années.
Quand il y aura trente jours de canicule par an, des écoles fermées, des morts qui s’accumulent dans les hôpitaux et les EHPAD, la résistance ne sera plus tenable.
Cela coûtera environ 150 milliards d’euros d’investissement, dont une cinquantaine pour les fabricants de matériel. Un marché colossal donc.
La France ne compte qu’un seul fabricant national de clim, Atlantic, et qui ne maîtrise pas les composants les plus technologiques, le compresseur inverter et l’électronique de puissance qui le pilote. D’où son partenariat de longue date avec le japonais Fujitsu. Le groupe pèse tout de même 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie environ 6 000 personnes en France, réparties sur treize usines.
Manque de chance, vu le calendrier : Atlantic est en train de se faire racheter, par un ensemble nippo-américain, Paloma et Fujitsu côté japonais, Rheem côté américain. Le dossier est sur le bureau de Bercy, soumis au contrôle des investissements étrangers, et doit être tranché dans les prochains mois.
Pour quiconque a la tête sur les épaules, la solution est évidente : il faut conditionner l’autorisation du rachat à l’implantation en France d’une unité de R&D et de fabrication des composants critiques, compresseur inverter et électronique de puissance, opérée et dotée en personnel français formé par Fujitsu. Le bâton, c’est le feu vert de Bercy et la carotte, l’accès à un marché de plusieurs dizaines de milliards. Si nous validons le rachat sans négocier avant, nous perdons une occasion unique.
L’enjeu est de transférer le savoir-faire dans des têtes françaises. Quand des centaines d’ingénieurs et de techniciens sauront concevoir et industrialiser ces composants, la compétence pourra se diffuser dans tout l’écosystème. Ce n’est rien de plus que la bonne vieille technique utilisée par la Corée et la Chine pour remonter la filière.
Mais contrairement à la Chine, nous n’avons plus du tout le réflexe de nous demander comment nous ancrons tous les savoir-faire critiques sur notre territoire. Comment nous faisons en sorte que les dizaines de milliards que nous allons dépenser pour empêcher des petits vieux de mourir et des enfants de suffoquer en classe profitent à la reconstitution de notre tissu industriel et de notre prospérité.
Il est temps d’être beaucoup plus agressif dans notre politique industrielle et de mieux anticiper.
Il nous reste quelques mois.
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